Chapitre 3
La répression (1999-2003)
o
6-
La télévision pour dénoncer la répression (à venir)
o
7-
Les pressions du gouvernement chinois hors de Chine (à venir)
1 - Premières étapes : «
éradication en trois mois »
|
Le 22 juillet, l’annonce officielle de l’interdiction du
Falungong était faite en ces termes : « Le département des affaires civiles de la République
Populaire de Chine déclare que la Société de Recherche sur le Falun Dafa et
l’organisation Falun Gong sous son contrôle sont des organisations illégales
et doivent être interdites. Il est en conséquent interdit à quiconque en
toute circonstance de distribuer des livres, des cassettes audio/vidéo ou
tout autre matériel de diffusion de Falun Dafa (Falun Gong). Il est interdit
de se rassembler ou de manifester pour soutenir ou diffuser Falun Gong, comme
les sit-ins et les appels. Il est interdit à quiconque d’organiser, de
coordonner ou de diriger n’importe quelle activité anti-gouvernementale » |
Arrestations sur la Place Tian An Men de Pékin |
Une semaine après, un mandat d’arrêt était émis à l’encontre
de Li Hongzhi. Le mandat mentionnait :
« Recherché pour troubles à l’ordre public :
Li Hongzhi ; Sexe : masculin ; ethnie : Han ; parle mandarin avec un accent du Nord-Est
; sourcils inclinés vers le milieu de son front »
Une récompense de $6000 fut promise pour sa capture.
Interpol refusa de donner suite aux demandes du gouvernement chinois,
expliquant qu’une arrestation ne pouvait être motivée par des considérations
politiques ou religieuses.
Le 27 juillet 1999, le Quotidien du Peuple, citant de
nombreux officiels, décrivait avec emphase la lutte des têtes du Parti contre
le Falungong comme une lutte « entre la croyance et l’athéisme, la
superstition et la science, l’idéalisme et le matérialisme. » Plus tard, un
haut-responsable communiste, montrant à quel point la lutte lancée contre le
Falungong était une lutte de principe, mentionna que « Vérité, Bonté et
Patience ne sont pas des valeurs prônées par le Communisme »
Les autorités pensaient pouvoir éradiquer le Falungong en
trois mois : destruction publique de tous les livres, cassettes vidéo,
cassettes audio ; rééducation des éléments fermes ; condamnation des «
dirigeants » ; vaste campagne de propagande et de dénonciation nationale, et
obligation pour tous les pratiquants de Falungong de signer 3 lettres :
repentance, garantie de ne plus pratiquer, condamnation du Falungong. La suite
montra qu’ils s’étaient trompés (voir la partie « résistance
pacifique »)
Dès le début de la répression, Li Hongzhi a appelé les
autorités chinoises à un dialogue pacifique, et précisé qu’en aucun cas le
Falun Gong ne se voulait opposant au gouvernement chinois
"Ni maintenant ni dans le futur nous ne
nous opposerons au gouvernement. Les autres peuvent nous maltraiter, nous ne
devons pas maltraiter autrui, nous ne devons pas considérer l’homme comme un
ennemi." Li
Hongzhi, le 22 juillet 1999
Tout le long des ces deux années de persécution extrêmement
cruelle, ses élèves ont maintenu la même attitude bienveillante et pacifique,
et pourtant résolue et courageuse, face à l’oppression. Sans se laisser
intimider par les menaces, ils ont cherché à expliquer, à leur gouvernement et au
reste du monde, leur innocence. Pour cette seule raison, des dizaines de
milliers de personnes ont été envoyées en camp de travail et torturées
(voir partie « panique du gouvernement
chinois et intensification des mesures »)
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1-c. Destruction des livres L’annonce de l’interdiction du Falungong faite, dans
chaque entreprise, dans chaque quartier de chaque ville de Chine, les
pratiquants de Falungong ont été mis en demeure de se séparer de tous les
livres du Falungong sous peine d’envoi en camp de rééducation. Le 21 octobre
1999, il était rapporté que 7.8 millions de livres et 4.9 millions de
cassettes vidéo avaient été confisquées et détruites pour les seules villes
de Wuhan et Jinan (11). Dans le
même temps, la propagande diffamatoire inondait les écrans de télévision. Des personnes ont été emprisonnées
sous l’inculpation de « commerce illégal » pour avoir vendu des livres du Falungong, livres
dont la publication avait été officiellement approuvée par le gouvernement.
Les parents des deux propriétaires d’une librairie de Pékin sous le contrôle
du Ministère chinois de la culture rédigèrent un appel contestant l’équité
des sentences de 6 et 7 ans de prison. « les dire coupables d’un crime
est un jugement illégal et nous ne l’accepterons pas »,
mentionnaient-ils dans leur appel : « Nos filles Li Xiaomei et Li Xiaobing sont
nées et ont été élevées dans une famille stricte, et nous avons pris soin
d’elles pendant toute leur enfance. Elles ont aussi fait partie des Jeunesses
travailleuses. Elles ont bon cœur et sont généreuses, et n’ont jamais eu
aucune intention criminelle ni ne se sont engagées dans aucune activité
illégale. Comme nous sommes tous deux des cadres à la retraite, nous nous
demandons si le seul but de notre révolution était de punir de bonnes
personnes ordinaires ? Ce type de jugement passera t’il le test de l’histoire
? ». |
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Destruction de livres : plusieurs millions
au total ont été brûlés en quelques mois |
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1-d. Blocage
d’information, arrestation de journalistes étrangers
Les autorités chinoises ont, dès le début de la répression,
tout mis en œuvre pour empêcher que les nouvelles de tortures et de meurtres
filtrent hors de Chine. Des familles entières ont été arrêtées après la mort
d’un de leurs proches, pratiquant de Falungong, pour éviter une diffusion de la
nouvelle. Fin 1999, une professeur d’Université de la ville de Dalian, mme Zhu
Hang, qui avait révélé qu’elle avait été torturée, photos à l’appui, a été
arrêtée et condamnée pour « divulgation de secrets d’Etat ». Des cas semblables
se sont reproduits des dizaines de fois depuis, toujours selon le même schéma.
Reporters Sans Frontières a également pu observer que les
journalistes étrangers sont sous haute surveillance. La version complète du
texte ci-dessous est disponible sur http://www.rsf.fr
« Reporters sans frontières proteste contre
(…) la manière dont les autorités chinoises tentent d'empêcher les journalistes
étrangers de rendre compte des activités de Falungong.
Depuis deux ans, les autorités chinoises
harcèlent les journalistes étrangers qui enquêtent sur cette organisation
criminalisée par le pouvoir. Le 22 juillet 1999, le gouvernement de Pékin a
interdit le mouvement spirituel après l'avoir accusé d'être une secte
"superstitieuse" et "diabolique".
Depuis le début de l'année 1999, les
correspondants de la presse étrangère en Chine se sont intéressés au phénomène
Falungong, un mouvement s'inspirant du taoïsme, du bouddhisme et de la
méditation traditionnelle chinoise, le Qi Gong. Mais c'est la manifestation du
25 avril 1999, au cours de laquelle des milliers d'adeptes de Falungong ont
encerclé le siège du gouvernement central à Pékin, qui a attiré toute l'attention
des médias.
Une fois la campagne d'éradication du
Falungong lancée par le pouvoir, les journalistes étrangers ont été
systématiquement entravés dans leur travail à ce sujet. Les photographes et les
cameramen des médias étrangers sont empêchés de travailler sur et autour de la
place Tiananmen où des centaines d'adeptes de Falungong ont manifesté au cours
des dernières années. Selon les estimations de Reporters sans frontières, au
moins cinquante représentants de la presse internationale ont été interpellés.
Certains ont été frappés par des policiers. Les correspondants qui ont tenté de
couvrir les activités du mouvement interdit ont été harcelés par les services
de sécurité. Enfin, plusieurs adeptes de Falungong ont été emprisonnés pour
avoir témoigné auprès de journalistes étrangers.
La police est toujours très présente autour de
la place Tiananmen, prête à interpeller les photographes et cameramen qui
arriveraient à saisir des images des quelques adeptes manifestant pacifiquement
contre l'interdiction de leur mouvement.
Les témoignages recueillis par Reporters sans
frontières auprès de correspondants de la presse étrangère sont accablants pour
les autorités chinoises. »
La grande surprise pour ce régime, peu habitué à voir ses
décisions contestées sur une large échelle, a été de voir les pratiquants du
Falungong refuser l’interdiction, continuer de pratiquer leurs exercices en
plein air, et se rendre aux différents étages du gouvernement pour demander
d’annuler l’interdiction, sans être intimidés par les menaces de perte d’emploi
et de prison.
Malgré la répression brutale de chacune des manifestations
du Falungong, le nombre de manifestants loin de diminuer augmentait chaque
jour. Il devint vite évident pour les responsables de la répression qu’ils se
trouvaient face à une force tranquille qu’ils n’avaient pas imaginée.
D’après les médias étrangers en Chine, le 12 novembre, les
premiers procès se terminaient : quatre pratiquants considérés comme des
membres clés recevaient des peines allant de deux à douze ans de prison, tandis
que plusieurs centaines d’autres étaient envoyés en camp de rééducation par le
travail pour une période de trois ans.
Le 26 décembre, quatre pratiquants de Falungong (Li Chang,
Wang Zhiwen, Ji Liewu et Yao Jie), tous membres haut-placés du Parti
communiste, étaient condamnés à des peines allant de sept à dix-huit ans de
prison pour « opposition à l’application de la loi »
Ces chiffres n’informent de la situation que de ceux dont le
résultat du procès a été rendu public. C’est en fait des centaines de personnes
dites « membres-clés » qui ont été jugées à huis-clos – si elles ont eu le
bénéfice d’un jugement – et condamnées. On n’a aujourd’hui encore aucune
nouvelle de ces centaines de personnes qui avaient été arrêtées dans la nuit du
20 juillet 1999. Sont-elles en vie ?
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Premiers procès – staliniens |
En décembre 1999, l’agence Xinhua publiait la nouvelle
officielle de l’arrestation, depuis juillet 1999, de 35 000 pratiquants
de Falungong, pour la seule région de Pékin (13). Les autorités chinoises, convaincues d’avoir affaire à une
structure hiérarchisée, pensaient que la condamnation des personnes
considérées comme responsables du mouvement permettraient de faire cesser les
grandes protestations publiques. Au contraire, les manifestations allèrent en
s’amplifiant, toujours avec le même calme et la même volonté pacifique. |
2 - Du soutien officiel à la
diabolisation :
Les efforts ridicules de la propagande chinoise
Pour une répression d’une telle ampleur, il fallait trouver
des motifs, pour la justifier aussi bien aux yeux du peuple chinois que de
l’opinion internationale. Oubliant le soutien autrefois accordé et les
résultats positifs des enquêtes nationales sur le Falungong en 1997 et 1998,
les instigateurs de la répression ont articulé leur campagne sur deux mots :
Xie Jiao, religion perverse, secte.
Pendant près de 6 mois, la propagande chinoise contre le
Falun Gong a occupé près de 4 heures de programme par jour, dans un
rabâchage proche du lavage de cerveau national : le Falungong a ainsi été
accusé d’être responsable de la mort de 1400 personnes qui auraient refusé des
soins médicaux, d’accumuler de l’argent, de conduire à des maladies mentales et
à des comportements suicidaires… En Europe aussi, tous les médias, tous les
ministères et tous les députés ont reçu des documents de propagande haineuse.
Les médias occidentaux, si ils ont tous clairement su que la
propagande chinoise fabriquait des accusations, n’ont cependant pas
suffisamment remis en cause ces affirmations, acceptant même parfois l’idée de
certaines comme raisonnable. Ken Roth, directeur de l’association Human Rights
Watch a commenté cette tendance en ces termes :
« Le gouvernement chinois s’est déterminé
à utiliser le terme secte. Pour classifier le Falungong au rang des pires
organisations qu’on puisse imaginer ? Mais la classification ne marche pas
vraiment. Parce que si vous regardez de près ce qu’est le Falun Gong, ce ne
sont que des gens ordinaires. Ce n’est pas une secte … ce sont des gens qui
veulent aller dehors pratiquer leurs exercices en groupe […], c’est un groupe
de personnes ordinaires qui méritent de pouvoir se rassembler comme ils l’ont
choisi – mais ceci en lui-même est si menaçant pour le gouvernement chinois
qu’il recourt à cette insulte.
Je pense qu’une partie du problème c’est que
la presse […] ne sait pas vraiment comment appeler le Falungong. Ce n’est pas
une religion. Ce n’est pas vraiment seulement un exercice de groupe. On ne peut
pas facilement le classer dans une catégorie. Et donc peut-être par paresse, de
nombreux journalistes occidentaux ont simplement commencé à utiliser la
terminologie utilisée par le gouvernement chinois. Qui est celle de secte.
C’est un autre exemple – si vous répétez un mensonge suffisamment souvent, on
finit pas le prendre pour la vérité. Et c’est ce qui est en train
d’arriver. »
Pour les accusations elles-mêmes, comme « l’interdiction de
prendre des médicaments », elles sont mensongères. Les thématiques qu’elles
abordent ne font pas partie de l’enseignement du Falungong. Amnesty
International dans son rapport de mars 2000 (14) , a commenté en ces termes :
"Les accusations portées par le
gouvernement contre les disciples du Falungong vont de l’ « organisation
de réunions illégales » à la « menace pour la stabilité politique ».
Elles comprennent notamment « l’occupation de jardins publics par la
force », l’organisation ou la participation à des réunions, des
manifestations, parfois immobiles, « illégales », l’obstruction faite
« aux activités religieuses normales », la publication et la
diffusion « illégales » de livres, la « divulgation de secrets
d’État », la « mise en danger de la santé d’autrui » ou le fait
d’avoir « provoqué des décès » par le biais de la philosophie que prône le
mouvement.
Cette dernière accusation en particulier a été
largement utilisée par le gouvernement pour justifier sa répression contre le
groupe. Selon des informations publiées par les autorités, le Falungong a «
provoqué plus de 1400 morts », pour la plupart des personnes ayant succombé à
des maladies après avoir, semble-t-il, refusé un traitement médical au nom de
leurs croyances. Le climat de censure et de répression qui prévaut actuellement
en Chine rend impossible la vérification de ces allégations par un observateur
indépendant. Compte-tenu de la répression politique exercée par le gouvernement
et de la vaste campagne de propagande contre le Falungong, l’impartialité des
informations émanant des autorités est sujette à caution. En outre, de
nombreuses questions fondamentales restent sans réponse. Ces informations ne
démontrent notamment aucun lien direct entre les décès présumés et les
dirigeants ou organisateurs du Falungong. Aux termes du droit international, la
responsabilité pénale est déterminée au cas par cas, sur une base individuelle.
Dans le cas des dirigeants ou organisateurs locaux du Falungong poursuivis pour
avoir « provoqué des morts », le gouvernement n’a pas apporté d’éléments
montrant un lien direct entre les décès présumés et les accusés. "
L’élément de propagande le plus utilisé par le régime chinois
est l’événement appelé « Les immolations de Tian An Men ». Il sera
mentionné par la suite (voir la partie « Panique
du gouvernement chinois ») et détaillé en annexe , car il met en lumière les efforts de la propagande
chinoise pour diaboliser le Falungong au moyen de mises en scène macabres.
nb : voir aussi en annexe l' interview d'un porte-parole du Falungong en France par le
journal Ethique et Population et l'avis de deux spécialistes européens sur la question des sectes
3-a Manifestations, appels publics
Depuis le jour de l’interdiction du Falun Gong jusqu’à
aujourd’hui, les manifestations de pratiquants de Falun Gong faisant appel pour
le respect de leurs droits fondamentaux sur la Place Tian An Men n’ont pas
discontinué. Généralement par groupe de quelques dizaines, mais parfois seuls
ou bien en très grand nombre, les pratiquants ont déployé de banderoles sur
lesquelles étaient inscrites « Falun Dafa est bon », ou « Vérité Bonté Patience
». Nous allons dans cette partie revenir sur quelques unes des manifestations
dont les médias occidentaux se sont fait l’écho.
Pendant la semaine du 25 octobre au 1er novembre 1999, la
presse étrangère à Pékin raconte que de grandes manifestations se succèdent sur
la place Tiananmen, au moment où le Comité permanent de l’Assemblée populaire
nationale passe une résolution bannissant et punissant les activités des «
cultes pervers » (xiejiao) – Il s’agit en fait d’une pseudo-législation visant
à se munir d’un arsenal juridique pour légaliser la répression, et mettant en
place des mesures d’application rétroactive. Le président Jiang Zemin, à ce
moment en visite officielle en France, donnait à la presse (journal le
Figaro) le résultat du vote avant même que celui-ci soit passé…
En février 2000, à l’époque du nouvel an chinois, plus de
2000 personnes sont arrêtées sur la Place Tian An Men en une semaine ; puis en
juin 2000, 1200 personnes en une semaine (15). Parmi eux, des Américains et des Australiens qui pour
la plupart sont relâchés assez rapidement. Les citoyens chinois ont eux fait
face à des traitements beaucoup plus cruels.
En avril 2000, le gouvernement chinois reconnaît que les
protestations publiques du Falun Gong sur la Place Tian An Men de Pékin sont
quotidiennes depuis juillet 1999, malgré tous les efforts pour les empêcher.
Les célébrations du Nouvel An chinois 2000 voient plusieurs
douzaines de pratiquants manifester sur Tiananmen (5 février). En février et
mars, des informations font état de la mort de quinze pratiquants durant leur
garde à vue. Le 19 avril, l’agence de presse Xinhua fait état d’un total de 84
pratiquants condamnés à des peines de prison, chiffre largement sous-estimé. Le
25 avril, malgré des mesures de sécurité draconiennes, plusieurs centaines de
pratiquants réussissent à manifester sur la Place Tiananmen pour marquer le
premier anniversaire de l’appel du 25 avril.
PEKIN, 22 juillet 2000 (AFP) - Une centaine de
membres du Falungong ont été brutalement appréhendés samedi par la police
chinoise place Tiananmen.
Venus de l'ensemble de la Chine, les disciples
(…) ont commencé à converger dès l'aube vers l'immense esplanade du cœur de
Pékin en petits groupes incognito afin de protester contre l'interdiction de
leur mouvement.
Une vingtaine d'entre eux ont été violemment pris
à partie par les forces de l'ordre quelques secondes après avoir tenté de
déployer une banderole au nord de la place, près de l'immense portrait de Mao
Tsé-toung, a constaté l'AFP.
Un manifestant d'une vingtaine d'années, qui
refusait de lâcher la banderole, a été vivement frappé par la police et poussé
à bord d'une fourgonnette la tête en sang. Il est soudain parvenu à échapper
aux policiers avant de se mettre à courir sur la place en criant "le
Falungong est bon".
Un garçon, âgé d'une douzaine d'années, a été
frappé à coups de pied par les policiers alors qu'il refusait de monter dans la
camionnette. Un policier en civil, qui filmait la scène avec une caméra vidéo,
s'est joint aux violences sans cesser de filmer.
D'autres policiers se sont rués vers les
nombreux touristes qui avaient assisté à la scène, les forçant à ouvrir leurs
appareils photo afin d'exposer leurs pellicules à la lumière.
En l'espace de quelques heures, environ une
centaine de manifestants -dont plusieurs enfants- ont été interpellés et
emmenés vers un commissariat proche de la plus grande place du monde, symbole
du régime communiste mais aussi des manifestations de 1989 en faveur de la
démocratie.
La
répression de samedi est l'une des plus violentes à l'encontre du mouvement, qui
combine arts martiaux (sic, ndr) et foi bouddhiste, depuis sa mise hors-la-loi
le 22 juillet 1999. Malgré une année de lutte contre un mouvement accusé
d'avoir voulu renverser le gouvernement, le régime chinois n'est pas parvenu à
éradiquer la secte mystique. (…)
Selon le Centre d'information sur les droits
de l'homme et la démocratie, au moins 24 adeptes sont depuis morts en détention
à la suite de mauvais traitements (…). Plus de 450 autres ont été condamnés à
des peines de prison pouvant aller jusqu'à 18 ans et pas moins de 10.000
envoyés sans procès dans des "camps de rééducation par le travail",
une peine d'un maximum de trois ans."
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Le 1er octobre 2000, la police arrête plus de 800
manifestants au moment de la commémoration de la Fête nationale. Là encore,
les journalistes étrangers sont témoins de brutalités non-dissimulées. De
nombreuses personnes sont blessées et transportées inconscientes. Le 10
décembre, cinquante-deuxième anniversaire de la Déclaration universelle des
droits de l’homme, des dizaines de manifestants sont à nouveau arrêtés
violemment. Le 1er janvier 2001, une grande manifestation a lieu sur
la Place Tian An Men. L’AFP estime à au moins 700 le nombre de personnes
arrêtées, d’autres sources indiquent qu’il y en aurait eu jusqu’à 1500. La
violence policière franchit un nouveau cap ce jour-là. |
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Les appels publics du Falun Gong sont allés en s’amplifiant,
malgré les dizaines de milliers d’arrestations et d’envois en camp de travail.
Dans le même temps, d’autres formes d’expression et d’information du public se
sont développées, et ont graduellement pris une importance de plus en plus
grande : l’information des médias étrangers en Chine, l’envoi à l’étranger
d’informations sur la répression, divulguant les cas de torture, les
assassinats, et nommant les coupables ; enfin, la diffusion à grande échelle,
en Chine, de prospectus d’information sur la persécution du Falun Gong.
3-b Conférences de
presse en Chine
La conférence de presse qui a le plus surpris par son courage
est celle dont Reporters Sans Frontières fait le récit ci-dessous. D’autres
conférences du même genre ont depuis eu lieu, la dernière en date au début du
mois de février 2002, quand Levi Browde et Jason Loftus, deux Nord-Américains,
ont rencontré la presse dans un hôtel à côté de la Place Tian An Men. Ils ont
ensuite été arrêtés.
[Extrait d’un article de Reporters Sans Frontières]
« Le 28 octobre 1999, Falungong réussit à
organiser une conférence de presse clandestine pour certains médias internationaux.
Une dizaine de journalistes sont présents, notamment des agences de presse
étrangères. Les orateurs de Falungong ont tout le temps d'expliquer la nature
du mouvement et de dénoncer la répression qui s'est abattue sur eux. Le
lendemain, les médias du monde entier se font l'écho de cette conférence de
presse. Une véritable humiliation pour les services de sécurité chinois, qui
fomentent leurs représailles en conséquence. La police chinoise arrête cinq
correspondants de la presse étrangère et confisque leur carte de presse. Au
cours de longs interrogatoires, ponctués de menaces, les journalistes se voient
reprocher de réaliser des "reportages illégaux". Ils sont contraints
de signer une lettre dans laquelle ils reconnaissent avoir agi dans l'illégalité.
Au cours des mois qui suivent, la majorité des journalistes étrangers qui
s'intéressent à Falungong sont suivis, interrogés et menacés. Un correspondant
d'un quotidien américain se souvient : "J'étais suivi en permanence.
Parfois de loin, parfois de près. Les policiers se montraient très agressifs.
Je ne pouvais même plus travailler ou rendre visite à des amis car j'avais peur
de leur causer des ennuis. Mes contacts étaient surveillés en permanence et il
m'était impossible de rencontrer des adeptes de Falungong de peur qu'ils ne
soient arrêtés." Un autre journaliste basé à Pékin dénonce ces pratiques
qui l'obligent encore à "quitter son domicile par la porte de derrière, à
se cacher à l'arrière des taxis et à vérifier mille fois si l'on n'est pas
suivi avant de rencontrer quelqu'un".
La transmission d'informations, notamment aux
journalistes étrangers basés à Pékin, a également conduit plusieurs adeptes en
prison. Ainsi, Zhang Xueling, citée dans une série d'articles d'Ian Johnson, le
correspondant du Wall Street Journal à Pékin, est arrêtée par la police le 24
avril 2001. Elle est condamnée quelques semaines plus tard à trois ans de camp
de travail. Le journaliste du quotidien américain avait rapporté dans un
article, qui lui a valu un prix Pulitzer, que la jeune femme avait accusé la
police de la province de Shandong (est du pays) d'avoir frappé à mort sa mère,
également adepte de Falungong. Ian Johnson n'a pas confirmé que l'arrestation
de Zhang Xueling était directement liée à son article, mais il est sûr qu'après
avoir reçu le prix Pulitzer pour ses articles sur Falungong, la "police
chinoise lui aurait fait la vie impossible à Pékin". Il est aujourd'hui
correspondant à Berlin. »
Très vite, un réseau de communication s’est mis en place
entre les pratiquants de Falun Gong en Chine et à l’étranger, par le biais du téléphone,
de l’e-mail et de l’Internet. Ceci est rapidement devenu le moyen rapide
d’obtenir des informations sur la répression en Chine, à travers le récit de
victimes ou de témoins. Le Falun Dafa Information Center, à New-York, est aujourd’hui
la source d’information la plus complète sur cette persécution.
Un grand nombre de pratiquants de Falun Gong en Europe, en
Australie, en Amérique, ainsi que des sympathisants, se sont mobilisés pour
sensibiliser l’opinion publique et les gouvernements à la gravité de cette
répression. Des manifestations regroupant parfois plusieurs milliers de
personnes ont ainsi eu lieu à Washington DC, New-York, Genève (pour la
Commission des Droits de l’Homme de l’ONU), Hong-Kong etc. Aujourd’hui encore,
la mobilisation ne faiblit pas et les soutiens recueillis sont de plus en plus
nombreux, dans toutes les couches de la société.
3-d Nouvelles formes
de résistance
En avril 2001, la presse étrangère notait que le Falun Gong
avait « modifié ses techniques », la distribution clandestine de tracts, par
exemple, prenant davantage d’importance. A l’heure actuelle, la plupart des
efforts déployés en Chine pour révéler la perversité et la cruauté de la
persécution subie par les élèves de Falun Gong passe par la diffusion de
brochures d’information dans les boîtes aux lettres, l’utilisation de
diffusions par haut-parleurs cachés dans les grandes villes, etc.
Ainsi, grâce aux haut-parleurs, même les pratiquants prisonniers
peuvent être informés, à l’intérieur même des prisons, des nouvelles du dehors
et de la mobilisation internationale. Dans beaucoup de villes en Chine, il
n’est pas rare non plus de trouver au matin des banderoles géantes (jusqu’à 40m
de long) accrochées en pleine ville, en signe de soutien.
Les autorités ont adopté une attitude extrêmement sévère
face à cela, condamnant à de lourdes peines de prison les personnes diffusant
ces documents, et même ceux en ayant en leur possession ces documents qualifiés
de « subversifs ». Le 1er mars 2001, un tribunal de Pékin condamnait par
exemple 37 pratiquants de Falun Gong à des peines de prison allant jusqu’à 10
ans sous prétexte qu’ils auraient fait circuler des documents recueillis sur
l’Internet (16) . Parmi les
pratiquants de Falun Gong participant à cette diffusion d’information, nombreux
ont été arrêtés et torturés pour qu’ils révèlent la cachette de la
photocopieuse servant aux impressions et les noms des personnes impliquées.
Dans certains cas, la mort a même fait suite :
« A l’aube du 8 décembre 2001, M. He Xingzong,
55 ans, un habitant de la ville de Macheng, dans la Province de Hubei, avait
quitté sa maison pour coller des prospectus sur les poteaux électriques du
quartier. Ces documents révélaient les violations des droits de l’homme dont
sont victimes les pratiquants de Falun Gong. D’après des informations de Chine,
M. He avait été repéré par des policiers du commissariat de police Songbu, qui
l’ont attaqué… et l’ont tué. Le corps de Monsieur He a été emmené par la police
jusqu’à l’hôpital local où le rapport légiste officiel a conclu à une « mort
accidentelle » « sans marques visibles ». Cependant, quand la famille de M. He
est allée identifier le corps, ils ont vu des traces de main profondément
imprimées sur sa nuque, des blessures importantes à l’arrière de sa tête, et
que ses testicules étaient écrasés.
Dans un interview téléphonique avec un
reporter, un officier de police de la ville de Macheng a affirmé, « Il est mort
d’avoir posté des prospectus ». Interrogé sur la manière dont un homme pouvait
mourir « d’avoir posté des prospectus », l’officier a commencé à crier et est
devenu inintelligible. Il a ensuite raccroché et n’a plus pu être contacté ». Communiqué de presse Falungong du
11/01/02
« Mme Wu a été arrêtée le 6 janvier 2002 alors
qu'elle distribuait des prospectus révélant les violations de droits de l'homme
dont sont victimes les pratiquants de Falun Gong en Chine. Le 18 janvier, elle
a été envoyée dans un centre de lavage de cerveau, où les pratiquants de Falun
Gong sont torturés de façon quasi-systématique. Deux jours après, sa famille
était informée de son décès.
Conformément aux directives du bureau 610, qui
exigent que chaque mort d'un pratiquant de Falun Gong soit qualifiée de
suicide, les autorités ont affirmé que Mme Wu s'était pendue. Cependant, quand
ses proches sont venus identifier son corps, ils ont vu sur elles les preuves
manifestes des tortures qu'elle avait subies. Quatre ou cinq marques profondes
en dentelle sur sa poitrine témoignaient d'une torture intense par
électrochocs. Son visage était tellement battu et gonflé qu'il était difficile
de la reconnaître. Ses fesses et ses jambes étaient couvertes de contusions
noires. Un de ses fémurs était cassé. Après avoir vu son corps, les proches de
Mme Wu ont immédiatement été placés sous surveillance pendant 24 heures, et
tout contact avec le monde extérieur leur a été interdit. Même les villages
avoisinants ont été bloqués et surveillés.
La mort tragique de Mme Wu est la dernière
d'une longue série dans la ville de Weifang, décrite par le journaliste Ian
Johnson (Prix Pullitzer 2001) comme "une ville chinoise en tout semblable
aux autres, excepté sur un point : la police locale torture régulièrement les
citoyens à mort (Wall Street Journal, 27 décembre 2000) » Communiqué de presse Falungong du
29/01/02
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3-e Des Occidentaux à Pékin Venus d’une dizaine de pays différents, une quarantaine de
pratiquants du Falun Gong, dont deux français, ont manifesté le 20 novembre
2001 sur la Place Tian An Men de Pékin, en signe de soutien aux dizaines de
milliers de personnes incarcérées et torturées en Chine du fait de leur
pratique du Falun Gong. Arrêtés avec violence (un nez cassé par un coup de
poing, une femme traînée par les cheveux, un jeune homme assommé…), ils ont
été expulsés 24h après. « 35 citoyens de pays occidentaux, en particulier
les Etats-Unis, le Canada et l’Europe ont manifesté à Tian An Men par
solidarité pour les [pratiquants de] Falun Gong victimes de la féroce
répression du régime communiste chinois. Nous saluons l’action de ces
activistes, qui en contraste avec l’immobilisme de la communauté
internationale – en particulier l’Union Européenne – (…), ont décidé d’agir
contre les violations systématiques des droits de l’homme en Asie. Ils
représentent la seule présence politique occidentale concrète dans cette région. Nous nous félicitons de leur action et
exprimons notre solidarité à tous ceux qui ont manifesté à Pékin pour
soutenir le Falun Gong et dénoncer la cruelle persécution menée par le régime
national-communiste de Jiang Zemin. » Olivier Dupuis, Député Européen En janvier 2002, c’est une canadienne qui, seule, est
allée Place Tian An Men déployer une banderole – inscrit dessus :
« Falun Dafa – SOS ». |
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Des occidentaux sur la place
Tian An Men |
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Le 6 février 2002, peu avant la visite du Président George
W. Bush en Chine, plus de soixante occidentaux (dont 3 français) font appel sur
la Place Tian An Men. D’après les médias présents sur place, les policiers en
civil, plus nombreux que d’habitude semblaient prévenus et fouillaient les sacs
des touristes. La veille, 14 citoyens anglais et allemands avaient été arrêtés
dans leur chambre d’hôtel. Reuters rapporte que des personnes ont été jetées à
terre et frappées au visage à coups de pieds et de poings. Une journaliste de
l’AFP, arrêtée en même temps que les manifestants, a observé que dans les
camions qui les menaient jusqu’au poste de police, des femmes ont été
brutalisées sans ménagement.
Ces manifestations sont à la fois courageuses et
surprenantes. Depuis la création de la République Populaire de Chine, c’est la
première fois que des étrangers viennent sur place protester publiquement
contre la situation des droits de l’Homme de ce pays.
4 - Panique du régime chinois et intensification des mesures
Revenons aux premiers temps de la répression : après
plusieurs mois d’attaque, le Parti a commencé à admettre publiquement qu’il
échouait dans sa tentative d’éradication. En novembre 1999, de journaux comme
le Quotidien du Peuple, la voix du gouvernement, commençaient à parler d’une
résistance persistante et d’une lutte de longue haleine. Face aux premières
réactions internationales au vu de la violence de la répression, Li Bing, chef
de cabinet de Li Peng, affirmait « il n’y a eu aucune violence ni traitement
inhumain », ce que démentaient de nombreux récits concordants et les rapports
quant aux tortures. En avril 2000, l’agence officielle Xinhua commençait à
reconnaître l’échec de la répression. L’AFP citait un officiel chinois comme
ayant dit : « la répression en cours de la secte spirituelle interdite Falun
Gong sera une lutte longue et complexe ».
En avril 2000, toujours, le gouvernement reconnaissait 2591
jugements de pratiquants de Falun Gong. Parmi eux, 99 étaient déjà arrivés au
stade de la sentence, conduisant à des condamnations allant jusqu’à 18 ans de
prison.
Au lieu du dialogue pacifique demandé par le Falun Gong, les
responsables de la répression ont intensifié leurs mesures – balayant toutes
les critiques sur leurs violations flagrantes des droits de l’homme (les
associations humanitaires ont considéré 1999 comme la pire année dans ce domaine
depuis 1989 – les suivantes ont malheureusement établi de nouveaux records)
En août 2000, on apprenait que l’équivalent de six
millions de dollars avaient été alloués à la construction de camps spéciaux
pour les pratiquants de Falun Gong arrêtés... camps de concentration ?
Les médias occidentaux, citant des officiels chinois parlant
sous couvert d’anonymat, ont indiqué que l’éradication du Falun Gong était
devenue le combat personnel du président Jiang Zemin, en désaccord avec une
bonne partie de son bureau politique. Il est, avec Luo Gan, l’instigateur de
toutes les mesures prises contre le Falun Gong, et le cerveau de la répression.
Ainsi, Jiang Zemin aurait déclaré : « Comment la théorie marxiste
que nous possédons, le matérialisme et l’athéisme auxquels nous croyons,
pourraient-ils ne pas mettre en échec ces trucs (sic) [moraux et spirituels]
défendus par le Falun Gong? Si cela arrivait, ne serait-ce pas une grande
farce? »
De même, une phrase est passée dans tous les centres de
détention, postes de police, camps de travail en Chine, qui a valeur d’impunité
pour les tortionnaires :
« Les cas de torture à mort de pratiquants du
Falun Gong ne seront pas punis par la loi. Les cas de pratiquants torturés à
mort seront enregistrés comme des suicides. Il n’y a pas besoin d’identifier le
corps. Il faut incinérer la dépouille sur place. »
La barbarie de la répression ne peut être considérée comme
le fait d’actions individuelles ; elle est plutôt une cruauté organisée,
planifiée, une politique de terreur visant toutes les couches de la société.
Les gouvernements locaux sont récompensés ou punis par Pékin fonction de leurs
résultats dans la « réforme » des pratiquants de Falun Gong et de leur capacité
à empêcher les habitants de leur Province de se rendre à Pékin pour manifester.
Les policiers récompensés et promus sont ceux qui ont pu « réformer ». Or, les
méthodes sont toujours les mêmes : privation de sommeil, tortures physiques et
psychologiques abominables, lavage de cerveau, viols, punition des proches….
Un organisme faisant partie du Comité politique et
judiciaire et dépendant directement du président chinois est devenu l’organe
officiel de la répression. Il s’agit du bureau 610, « le Bureau Principal
pour traiter de la Question du Falun Gong. » Il a été établi le 10 juin 1999,
est dirigé par Luo Gan, et est la plus haute autorité déployée par Jiang Zemin
et ses complices pour persécuter le Falun Gong. Toutes les provinces, villes,
régions autonomes et municipalités directement sous le gouvernement central ont
un « bureau 610 local » qui dépend du Comité judiciaire et de Jiang Zemin.
Ainsi, le Bureau 610 est un système bien organisé et indépendant, qui s’étend
du gouvernement central aux gouvernements locaux. Il a un pouvoir absolu sur
chaque niveau de gestion du Parti, aussi bien dans les domaines politiques que
judiciaires.
Durant les deux années depuis sa création, c’est le Bureau
610 qui a initié tous les complots pour compromettre et persécuter les
pratiquants de Falun Gong. De nombreux lieux ont été reconvertis pour détenir
illégalement, torturer, voire massacrer les pratiquants de Falun Gong. Ces
endroits incluent les camps de réfugiés dépendant des bureaux civils de
gestion, les centres de détention dépendant des services de police, les centres
administratifs de détention, les centres de réadaptation pour les drogués, les
centres de parrainage et de ré-éducation (connus à l’origine sous le nom de «
centres de femmes pour améliorer l’estime de soi » dont on se servait pour
loger et ré-éduquer les prostituées).
4-b. « Culpabilité par association »
Les familles des pratiquants de Falun Gong sont elles aussi
punies par la Loi : dans certaines régions, les enfants de pratiquants de Falun
Gong non « réformés » n’ont pas accès à l’éducation et sont renvoyés de leur
école, les familles doivent payer des amendes exorbitantes (4 000 à 5 000 yuans
en moyenne, presque un an du salaire moyen chinois) si un de leur proche
pratique le Falun Gong. Les familles des pratiquants de Falun Gong décédées
sont soumises à d’énormes pressions et menaces au cas où elles révéleraient
publiquement la cause du décès. Sans ressources, et pour que leur famille ne
subisse pas elles aussi la répression, des milliers de pratiquants de Falun
Gong ont dû choisir de quitter leur foyer et leurs proches pour errer sans
domicile fixe.
« Camarades villageois,
L’ « organisation » Falun Gong a été
convaincue du crime d’« opposition au pouvoir d’Etat » par les autorités, et
quiconque refusera d’abandonner le Falun Gong sera traité comme un criminel.
D’après les principes posés par les autorités, à partir de maintenant, tout
pratiquant de Falun Gong qui aura quitté la ville pour faire appel aux
départements du gouvernement en dehors de la juridiction et aura créé des
troubles devra payer 10 000 yuan après avoir été ramené par la police. Ses
abonnements à l’eau, à l’électricité et au téléphone lui seront retirés. Tous
ses certificats lui seront également confisqués.
Il sera sévèrement puni par la loi. Tous les
membres clé du Falun Gong doivent écrire une lettre garantissant de rompre avec
XXX et avec le Falun Gong, donner leur carte d’identité et payer une caution de
garantie de 5 000 yuan. Le gouvernement local organisera des cours pour ceux
qui refusent de rompre avec l’« organisation » Falun Gong jusqu’à ce qu’ils
écrivent la garantie et paient la totalité de la caution.
Si quelqu’un refuse de rompre avec le Falun
Gong, le département de police confisquera tous ses certificats d’Etat. De plus,
le village ne lui délivrera plus aucun certificat, ni ne lui fournira aucun
service. Tous les membres de sa famille proche seront renvoyés de l’école, du
jardin d’enfant, des entreprises publiques jusqu’à ce qu’il ait rompu avec le
Falun Gong. »
Comité du village Xiao-Jia
18 décembre 1999 (sous scellé officiel)
4-c. Violences,
tortures, meurtres
Le 20 décembre 1999, Amnesty International dresse une liste
de 77 pratiquants de Falun Gong décédés en détention, dont 42 femmes. A cette
date, Amnesty et d’autres sources estimaient à 450 le nombre de pratiquants du
Falun Gong ayant été condamnés à des peines de prison, à plus de 600 ceux ayant
été envoyés en hôpital psychiatrique, et à environ dix mille ceux ayant été
placés en camp de rééducation par le travail. Le nombre de personnes torturées
jusqu’à la mort a commencé à augmenter dramatiquement au début de 2001, et la
tendance n’a fait que s’aggraver, faisant passer le chiffre des victimes à 327
en décembre 2001, et dépasser les 400 en mars 2002.
Ces chiffres ne sont que l’infime partie d’informations
ayant pu filtrer hors de Chine, de même que les différents témoignages de
torture ne sont qu’une infime partie de celles ayant réellement lieu en Chine.
En Octobre 2001, un officiel chinois haut-placé indiquait anonymement que le
nombre de pratiquants de Falun Gong décédés suite aux mauvais traitements
dépassait en réalité les 1600.
Ci-dessous est un témoignage reçu par Internet d’une jeune
victime de la répression. Chaque jour, le FDIC reçoit
entre 2 et 5 documents de ce genre :
« Je suis une pratiquante de Falun Dafa de
Luoyang, province de Henan. J’ai 33 ans. J’ai commencé à pratiquer le Falun
Dafa en 1996. Dans l’après-midi du 13 mars 2001, le département de sécurité de
l’usine de tracteurs de Luoyang m’a arrêtée alors que je distribuais du
matériel de clarification de la vérité. Dans le bureau du département de
sécurité, les gardes m’ont demandé mon nom et mon adresse. Je ne leur ai pas
dit. J’ai ensuite été frappée sévèrement par Li Ming, le chef du département de
sécurité. Les coups ont cassé l’os de l’annulaire de ma main gauche. Ma
poitrine et ma taille étaient couvertes de bleu et de noir comme conséquence de
blessures sous-cutanées. Il me frappait et me criait : « Tu mérites d’être
battue à mort ! » Après un moment, il a été fatigué. Alors il m’a attachée à
une chaise avec une corde, mon visage regardant en haut et mon corps plié en
arrière. Ils m’ont gardé attachée comme ça pendant deux heures.
Cette nuit-là, ils m’ont gardée enfermée dans
la réserve. A minuit, Li Ming et deux de ses amis dégénérés sont revenus à leur
tâche après être sortis pour boire. Il a noté ma bonne apparence et tenté alors
de me mettre en colère. Ils m’ont d’abord demandé d’écrire une déclaration
disant que je renoncerai à la pratique. Je ne l’ai pas fait. Ils m’ont ensuite
demandé d’insulter notre Maître ( Li Hongzhi, le fondateur du Falun Gong) J’ai
refusé. Ils m’ont ensuite menacée : « Nous allons t’arracher une pièce de tes
vêtements chaque fois que tu diras un ‘non’. » Je n’ai pas dit un mot. Ils
m’ont alors arraché tous mes vêtements. Je luttais avec force et essayais de
résister. Ils ont utilisé une bande de cuir pour me fouetter et ils ont cogné
ma tête contre le mur jusqu’à ce que je perde connaissance. Quand j’ai repris
connaissance, ils m’avaient déjà violée collectivement.
Le deuxième matin, j’ai été envoyée dans une
classe secrète de lavage de cerveau à Luoyang. Les gardiens ici étaient tous
d’anciens criminels. Ils ont divisé les pratiquants de Falun Gong en groupe de
cinq et désigné un gardien pour chaque groupe. Celui qui était chargé de mon
groupe était Wang Hong,. Il suivait la même stratégie insistant pour que
j’écrive une déclaration de renoncement au Falun Gong et ensuite il me battait
cruellement lorsque je refusais. Il disait : « Pour chaque jour que tu refuses
d’écrire la déclaration, je continuerai à te battre un jour supplémentaire. »
Je n’ai jamais cédé à la perversité.
Ensuite ils m’ont forcée à m’allonger sur une
table. Ils ont utilisé des bandes de cuir pour attacher mes bras et mes jambes.
D’abord, ils ont utilisé leurs ongles pour me pincer à l’intérieur des bras et
des jambes. Ils ont ensuite utilisé des agrafes qu’ils ont agrafé sur mes
mamelons et mon clitoris. Ils ont même pensé que ce n’était pas suffisant. Pour
le plaisir, ils ont introduit un récepteur d'appel dans mon vagin et appelé ce
numéro une douzaine de fois pour voir ma réaction. Ils ont ensuite arraché avec
force l’appareil de mon vagin. Cela a causé des dégâts et des déchirures à mes
parties intimes. Bien qu’ils m’aient torturée à un point où j’étais à peine en
vie, les bêtes ne m’ont toujours pas laissée partir. Ils ont sondé mon vagin
avec un bâton de police, un bâton électrique et une brosse à dent. Je suis
entrée en état de choc plusieurs fois. Ils me versaient de l’eau froide dessus
pour que je reste consciente. Finalement, ils ont bourré mon corps à travers
mon vagin de pièces de mah-jong (pièces d’un jeu chinois fait d’un matériau dur
et de forme cubique) et m’ont pendue les pieds en haut pendant toute la nuit.
Ils ont continué à me torturer comme cela
pendant six jours entiers et ensuite ma famille a trouvé où j’étais. Ma famille
a emprunté une somme de 30'000 Yuan (environ 3'600 euros) de toutes les sources
possibles et l' a envoyé à la classe de lavage de cerveau. Ils m’ont finalement
relâchée, mais m’ont menacée : « Si tu fais savoir aux gens ce qui se passe
ici, tu mourras d’une manière encore pire. »
Les blessures superficielles de mon corps ont
seulement commencé à se guérir six mois après que j’ai été relâchée. Mais mes
parties génitales externes saignent encore. J’avais peur des représailles de la
part de ces personnes perverses, alors je n’ai dit à personne ce qui s’était
passé, jusqu’à maintenant »
Les hôpitaux psychiatriques se sont imposés comme un des
outils de choix de la répression, ce qui est devenu un sujet d’inquiétude
internationale. Le 20 Janvier 2000, Yang Song, porte parole du poste de police
de Changguang dans le district Fangshan à Pékin, confirmait par exemple à un
journaliste étranger qu’environ 50 pratiquants, principalement des femmes,
étaient détenues à l’hôpital psychiatrique de Zhoukoudian près de Pékin. “Ce ne
sont pas des patients, ils sont là pour y être éduqués… La plupart d’entre eux
sont des extrémistes du Falun Gong qui sont allés à Pékin pour protester au
moins 10 fois (17) ”
L’Association Psychiatrique Américaine, lors de son congrès
à Chicago en mai 2000, a discuté de cette question. Le Comité sur les Abus
psychiatriques a passé à l’unanimité une résolution demandant aux dirigeants de
l’Association Psychiatrique Américaine de faire en sorte que Association
Psychiatrique Mondiale enquête sur ce problème (18). L’intervention de
celle-ci a déjà permis dans les années 70 de mettre fin à de telles pratiques
en ex-URSS.
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